jeudi 24 janvier 2008

Cet obscur objet nommé désir

Ah, la beauté de la symétrie, surtout lorsqu'elle est involontaire, due au plus grand des hasards...
Deux auteurs qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam, qui évoluent dans deux univers aux antipodes l'un de l'autre, avec un trait radicalement différent, et qui pourtant vont produire des planches quasi identiques...
On mettra ça sur l'universalité du désir, et les façons subtiles de le sublimer lorsqu'il est non-partagé, lorsqu'il est même interdit, objet d'opprobre

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Fabrice Neaud, Journal T. III, 1999


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Kiriko Nananan, Blue, 1997 (France 2004)

lundi 14 janvier 2008

Et s'il reste un juste parmi eux?

La couverture était alléchante : Herbert, de dos, se dirigeant vers un chateau, de toute évidence celui de son père, comme le laisse présager le titre "Retour en fanfare". Je m'attendais donc à un numéro classique, apaisé, destiné à relancer la série Donjon en lançant quelques révélations et en fermant quelques lignes de l'intrigue après plusieurs numéros qui partaient un peu dans tous les sens.
Que chi! C'est sans compter sans la soif de destruction de Trondheim et sa clique. Cette fois, le terrain de jeu pour leurs pulsions dévastatrices sera Vaucasson, ville natale d'Herbert, ville corrompue et décadante, à l'image de l'ensemble de Terra Amata. Un espace en particulier témoigne de la déchéance. Il s'agit du Colisée en ruines, où, au milieu de gradins vides, les rejetons de la noblesse recoivent une éducation spartiate qu'ils n'arrivent plus à intégrer :

Donjon, Trondheim, Sfar et Boulet, 2007

Un prof sadique, pris légèrement en contreplongée, des ruines greco-romaines, la machine à recycler Donjon n'a pu puiser son inpiration que là :

Les Chevaliers du Zodiaque, Kurumada, 1986

Ok, des profs sadiques il y en a des tonnes dans l'univers de la BD, mais avouons-le, l'entraînement des petits orphelins de la fondation Graad (qui étaient aussi aristocrates, puisque bâtards de M. Kido), ça atteignait des sommets de raffinement...

Puis coup de théâtre. Comment ne l'ai-pas vu venir? Herbert pénètre dans le Colisée et se transforme dans une créature indéfinissable, à l'image de la très célèbre tranformation de Tetsuo en masse tentaculaire dans le stade de Neo-Tokyo :



Akira, Otomo, 1993

Le stade-colisée restant tristement vides, l'action se déplace ensuite vers les coulisses du spectacles, le dédale de couloirs qui entourent les deux bâtiments et qui grouillent eux d'un petit monde, en particulier de dizaines de soldats qui ne tarderont pas à être transformés en paté pour chiens :





Bref, le rapprochement entre Herbert et Tetsuo semble explicite. Car finalement, leur destin est-il si différent? Il sont les héraults de l'apocalypse qui détruira le vieux monde corrompu, pour que de ses cendres en naisse un nouveau...

vendredi 11 janvier 2008

BORN AGAIN

Ça me démangeais depuis quelques semaines, plus exactement depuis que j'ai un nouveau joujou sur mon bureau, un scanner, initialement orienté vers ma vie professionnelle (on y croit!) , mais dont les applications ludiques n'ont pas tardé à m'être révélés.
Nouvelles technologies, nouveau blog donc. Nouvelle naissance, comme ce Born Again que pendant ces vacances j'ai enfin déterré, avec quelques autres cartons de BD, de la cave où ils croupissaient depuis que ma mère avait déménagé. Relecture, et petite surprise : ces plans avec le héros dormant en position foetal, je crois les avoir déjà vu... N'était-ce pas dans le très irritant et, avouons-le, assez passionnant Journal de Fabrice Neaud?


Born Again, Miller et mazzucchelli, 1987

Journal (I), Neaud, 1998

Retour à Toulouse et vérification, pour confirmer que c'était bien dans le journal, et que ça ne s'arrête pas là :




Ailleurs dans son journal, Neaud nous parlait déjà de son goût pour les comics américains. Pas étonnant donc qu'il emploie une représentation du héros déchu pour nous parler de lui-même. Enfin, relativisons, Matt Murdock dort dans les poubelles parce que Kingpin a réussi à le faire radier de l'ordre des avocats, a traîné son nom dans la boue, a détruit sa maison, et a bloqué ses comptes bancaires, tandis que Neaud est entrain de pleurer un mec avec qui il a couché un soir quelques mois auparavant et qu'il harcèle passablement depuis. Mais il n'y a pas d'échelle dans le malheur, n'est-ce pas?

Bref, ça reste quand même un joli hommage, et c'est par lui que j'ouvre ce blog et sa série de rapprochement plus ou moins hasardeux. Et en bonus, pour pleurer la nouvelle, lue ce matin dans le journal, du divorce de MJ et Peter Parker après 20 ans d'heureux mariage, une dernière image du repos du guerrier :

Spiderman, Straczynski et Romita Jr, 2001